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Offrir une présence

Tâchez d'être heureux

Conte d'après Noël

L'argent peut acheter...

Ce qu'il faut pour être heureux

Le cerveau dans tous ses états

Tout de même

Le bonheur

Le développement humain

Charte du patient hospitalisé

Conseils à celui qui visite un malade

Parlez-nous des enfants

Enfant, témoin de l'amour

Se laisser aimer

L'amour n'est pas tout fait, il se fait !

L'amour change tout

Le déserteur

Papa et maman poule

Le bonheur est le chemin

Déclaration universelle des droits de l'homme

Pourquoi ?

Le débiteur impitoyable

Conseils de santé et de longévité

La seringue a tué le rire

Le mot

Usure des coeurs

Le trou

L'important, c'est de semer

Le peuplier

Le bon usage de l'échec

 

 

Offrir une présence

 

Lorsque les problèmes de pauvreté, d'exclusion, de précarité ont commencé à m'interpeller, il y a de cela quelques années, je me suis dit que moi aussi, je devais suivre l'exemple de bien d'autres en m'engageant d'une manière ou d'une autre, dans ce combat contre l'intolérable injustice. J'ai pensé qu'il fallait en premier lieu s'adresser aux enfants, aux adolescents afin de les éveiller sur les problèmes de misère sociale. De par ma position professionnelle, j'ai eu la possibilité et surtout les accords pour lancer une opération de sensibilisation dans mon département, en direction des élèves d'écoles, de collèges et de lycées sur tous ces problèmes de pauvreté et d’exclusion sociale. Pendant 8 ans, des fonds ont été aussi récoltés pour financer des projets concrets en faveur des plus démunis. Même si cette action caritative fut sans doute utile pour les futures générations, je n’avais personnellement qu’une approche théorique du problème parce que j'étais très loin d'être au fait des réels problèmes sociaux sur le terrain.

Alors, je me suis engagé concrètement en tant que bénévole et ceci au niveau de ma commune comptant 2500 habitants environ. Et là, après avoir créé une structure, avec les autres bénévoles de l'équipe, je suis enfin allé à mon tour sur le terrain afin de rencontrer des situations concrètes. Et bien, de par ma modeste expérience, je me suis vite rendu compte de l'importance capitale d'une visite chez telle ou telle personne ayant des problèmes de tous ordres. Du dehors, on s'imagine trop souvent qu'il suffit de donner un toit, des vêtements ou de la nourriture pour que les plus défavorisés soient heureux. Si tout cela est effectivement vital, ce n'est pourtant pas là que se trouve l'essentiel, loin de là !

Les gens que nous rencontrons apprécient avant tout que l'on passe du temps avec eux, car trop souvent, ils n'ont vu personne depuis bien des jours, pensons surtout à nos anciens ! En plus des problèmes d'argent, ces personnes souffrent avant tout de solitude, sans doute l'un des plus grands maux de notre société "moderne" en ce début de 3ème millénaire. Je peux vous assurer que si vous prenez le temps de passer trois quart d'heure ou une heure avec une personne âgée ou même un couple, vous sentirez très vite le besoin qu'ils ont de se confier, de déballer leurs problèmes familiaux, administratifs ou même de santé. Vous n'avez pas besoin de dire grand-chose, mais vous sentez à quel point votre présence réconforte et même rassure parfois.

Pour ces êtres humains, trop souvent seuls, c'est déjà un tel évènement que quelqu'un d'étranger à leur famille ait daigné s'arrêter chez eux pour prendre de leurs nouvelles et s'intéresser à leurs problèmes. Ceux-ci ressentent, au fond d'eux, parfois depuis de trop longues années, une telle tristesse, une telle amertume devant l'indifférence que leur portent le voisinage, la famille ou les soi-disants amis d'autrefois, lesquels, à présent sont aux "abonnés absents" depuis des lustres.
A force de les côtoyer, de passer du temps avec eux sans être le moins du monde pressé par le mouvement, vous vous rendez compte alors de votre utilité, même si, au fond, vous savez que vous ne soulagerez pas toutes les souffrances des personnes rencontrées.

Votre démarche est importante car elle permet simplement de recréer du rapport humain, un échange fait de mots et de sentiments. Par votre visite, vous persuadez l'autre qu'elle a encore de l'importance, qu'on s'intéresse à son cas et cette sensation redonne forcément de la dignité et du courage pour continuer à vivre malgré les problèmes. Pour étayer cette thèse, je vous parlerai d'une première visite chez un couple de personnes âgées chez lesquelles je venais de passer plus d'une heure. Et bien, en partant, la vieille dame de 81 ans m'a spontanément demandé si elle pouvait m'embrasser. Là, j'ai tout-de-suite compris que je venais d'accomplir une démarche simple, banale, mais tellement essentielle. Instinctivement, en face de telles situations de détresse parfois, vous vous mettez dans la peau de ces personnes au grand âge, qui veulent simplement avoir encore leur place dans la société, mais aussi compter un peu aux yeux des autres, qu’on ne les oublie pas, qu’on ne les rejette pas comme des pestiférés.

A n'en pas douter, le premier geste de solidarité que l'on peut accomplir, c'est de donner un peu de son temps pour simplement écouter l'autre, celui qui est seul, rejeté dans son coin, qu’il soit jeune ou plus âgé d’ailleurs. Si vous donnez une pièce à un exclu qui se trouve à la rue, il vous dira merci, mais si vous prenez le temps de vous arrêtez 5 minutes pour lui parler, il aura enfin l'impression d'exister parce que vous l'aurez enfin regardé et même parlé. Cette situation aura à ses yeux milles fois plus de valeur que toutes les pièces qu’il aura pu récolter grâce à la mendicité. Comprenez alors aussi que certains Sans-Domicile-Fixe ne veulent pas aller dans les centres d'hébergement parce qu'ils se trouvent isolés depuis trop longtemps, seuls à errer dans la rue ou accompagnés d'un chien. Ils ne savent plus se confier normalement à quelqu'un, car ils sont désocialisés. Comme des bêtes sauvages, ces personnes, qui se croient dévalorisées, détestées, se replient sur elles-mêmes et préfèrent dormir sur un banc, car de toute façon, elles n'existent plus aux yeux des autres.

Bien des gens, au contraire, qui possèdent pourtant un domicile confortable, sont aussi exclus de la société à cause de l'indifférence générale, peut-être en connaissez-vous dans votre quartier, votre commune ? Il suffit de franchir leur porte un moment pour transformer leur vie et qu'ils aient à nouveau l'impression qu'on leur porte de l'intérêt et une certaine considération. Par ailleurs, ils ont peut-être besoin d'un petit coup de main pour faire les courses ou des petits travaux, vous pouvez peut-être les aider. Vous verrez que, même si vous n'avez pas l'impression d'avoir fait quelque chose d'extrordinaire, vous accomplirez simplement un geste solidaire envers votre prochain et çà n'a pas de prix. N'hésitez pas, essayez de franchir le pas, vous vous rendrez vite compte que vous ne perdez pas votre temps. Vous donnerez un autre sens à votre existence tout en relativisant vos propres problèmes, et çà change totalement la perception que l'on a des choses et des évènements. Et puis surtout, modestement, sans faire de bruit, vous aurez l'impression, à votre petit niveau, de construire un monde meilleur, un peu plus humain; ne me dites surtout pas que cela ne vaut pas le coup d'essayer ! C’est juste un peu d'AMOUR, d'AMITIÉ et d'ESPOIR à redonner, ne sommes-nous pas sur Terre pour vivre ces valeurs !

Guy GILLET