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Mon esprit est marqué. Combien d'années ont passé depuis que j'ai,
mon sac de couchage sous le bras, fermé la porte de ma maison, depuis
que j'ai fumé ma première pipe de hachisch ? Quatre, cinq ? Quelques amis ont essayé de m'aider, puis sont repartis. Que pouvaient-ils faire ? Je ne vois pas la lourde porte de ma prison ni les barreaux à ma fenêtre. Quelque part dehors, dans Oslo qui se réveille après un long hiver, mon fils et ma femme m'attendent. Je rêve ! Des images défilent devant mes
yeux, des souvenirs... Paris, l'Afrique, le hachisch, puis, en relief, une seringue,
Istamboul, l'opium, Téhéran, l'héroïne... La prison ne m'a pas changé. Souvent j'y ai séjourné, puis je suis reparti, de ville en ville, de pays en pays, pour fuir l'obsession. J'ai tenté avec violence de toucher la rive sans jamais y parvenir. Un jour je suis retourné à la maison, les bras percés, et lentement j'ai guéri. C'est très loin. Le brouillard se dispersait, je suis reparti, mes vieilles
bottes aux pieds, retrouver les amis de la dernière heure. Puis le soleil délicatement est venu sur mon couvre-lit
à la clinique de Cery. Les semaines ont passé, j'ai refait mes
premiers pas, le voile se levait mais des périodes sont restées
obscures, puis j'ai pu rentrer chez moi quelques heures, avant de repartir.
La route, un cahier de vers dans la poche, un livre de Nerval, les nuits dans les villes étrangères... sans fin... Dans un parc d'Oslo, j'ai rencontré une jeune fille merveilleuse avec un enfant. La veille de notre mariage j'ai été arrêté
une fois de plus pour possession illégale de stupéfiants. Les
journées passent, les semaines aussi. Combien d'années ont passé ? Anonyme, Prison d'Oslo, le 31 mai 1970
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